Comment maintenir ou améliorer la qualité de vie de quelqu’un qui souffre d’une maladie cardiovasculaire ? En l’aidant – ainsi que sa famille – d’une part à mieux comprendre sa maladie, et par conséquent à mieux gérer ses facteurs de risque en adoptant notamment une meilleure hygiène de vie, et d’autre part en lui apprenant à coopérer avec les soignants, à bien gérer son traitement médicamenteux et à identifier les signes d’alerte. C’est tout l’enjeu de l’éducation thérapeutique du patient (ETP). Misant sur l’intérêt de cette pratique, la MSA l’a expérimentée à partir de 2004 dans 9 régions volontaires (1), auprès d’environ 150 assurés, de 55 à 75 ans, suivis en ALD pour insuffisance cardiaque ou maladie coronaire. Après avoir bénéficié, près de chez eux, de trois séances de groupe – de 8 à 10 personnes – d’une durée de trois heures et distantes d’une à deux semaines, ils ont été à nouveau réunis six mois après pour une évaluation de l’action (2).
Satisfaction des patients
Qu’a-t-on cherché à mesurer chez les bénéficiaires de l’expérimentation ? D’abord leurs gains éventuels de connaissances sur la physiopathologie de la maladie, les facteurs de risque, l’alimentation, l’activité physique, les traitements… et leur maintien dans le temps (comparaison entre un pré-test au départ, un post-test juste à la fin des trois séances et un autre 6 mois après), puis leurs changements de comportements (d’après un questionnaire de 25 items rempli avant et à 6 mois) enfin leur satisfaction vis-à-vis de l’ETP. Les résultats sont plus qu’encourageants pour la MSA. Globalement, contrairement à ce qu’on aurait pu penser a priori, c’est sur les connaissances que l’acquis est le plus limité (+ 11 % entre pré et post-test, sans érosion à 6 mois), un constat qu’il faut relativiser du fait d’un niveau initial de culture en santé assez élevé. Par contre les changements de comportements sont très positifs et touchent à tous les domaines : nutrition, exercice physique, observance thérapeutique, compréhension du bon usage du médicament. Les patients ont en outre acquis des compétences techniques d’auto-soin et d’auto-surveillance. Quant à leur satisfaction vis à vis du programme, que ce soit par rapport aux séances de groupe et aux animateurs ou à la précision et la consolidation de leurs connaissances, elle est supérieure à 93 %. Ils souhaitent, dans la même proportion, en apprendre davantage sur leur maladie et 98 % d’entre eux estiment qu’il faudrait proposer ces séances à d’autres assurés. De leur côté, chez les 55 médecins traitants qui ont participé à l’expérience – ce sont eux qui ont proposé à leurs patients de suivre les séances après avoir eu un contact avec le médecin conseil de la MSA – près de 85 % pensent que ces derniers ont acquis des connaissances et que, grâce à l’éducation thérapeutique, ils collaboreront mieux avec eux. Enfin à 83 % ils souhaitent être à nouveau associés à une action de ce type et la majorité (plus de 52 %) déclarent vouloir être davantage impliqués dans les programmes d’ETP de la MSA.
Environ 12.000 personnes peuvent être concernées par an
Ce satisfecit a conduit la MSA à mettre en œuvre ce programme sur l’ensemble du territoire. Ainsi depuis mai 2006, lors d’une demande de mise en ALD (affection de longue durée) pour hypertension artérielle, insuffisance cardiaque ou maladie coronaire, les assurés MSA de moins de 75 ans se voient proposer par les services médicaux de la caisse lors d’un entretien des séances d’éducation thérapeutique. Environ 12.000 personnes peuvent être concernées par an. Si le patient est volontaire pour participer, son médecin traitant en est informé et complète, lors d’une consultation, le diagnostic éducatif nécessaire pour fixer les objectifs à atteindre. Les trois séances au cours desquelles sont distribués différents supports (sets de table, semainier… ainsi qu’un contrat d’éducation) sont animées par un médecin ou une infirmière libéral ou salarié formé par l’IPCEM (3) et conventionné avec la MSA. L’objectif en 2007 est d’atteindre un taux de participation de 30 % ce qui représenterait environ 3.500 personnes. Une évaluation doit être effectuée sur tous les cycles d’atelier complets réalisés entre mai 2006 et juin 2007, si le nombre de participants est suffisant à cette date. Après remontée, traitement et exploitation des données recueillies, les résultats sont attendus à l’automne 2008.
Marie-Luce Gazé Desjardins
(1) Franche-Comté ; Midi-Pyrénées ; Languedoc-Roussillon ; Lorraine ; Alsace ; Haute-Normandie ; Poitou-Charentes ; Ile-de-France ; Champagne-Ardenne.
(2) Une collaboration de recherche a été établie avec le laboratoire de pédagogie de la santé UPRES EA 3412 de l’université Paris 13 pour évaluer l’expérience.
(3) Le kit d’animation a été élaboré avec l’IPCEM (Institut de perfectionnement en communication et éducation médicales) dont Jean-François D’Ivernois est secrétaire général.